Président minoritaire de la République

Par Kevin le 9 mai 2017 — 3 mins de lecture

En dépit des 66,10% de suffrages obtenus ce 7 mai parmi les votes exprimés, notre Président de la République serait un président minoritaire. Qu’en est-il exactement ?

AnnéeNombre d’inscritsNombre d’abstentionsNombre de votantsVotes blancs et nulsVotes valables
200744 472 7337 130 729
(16,03% des inscrits)
37 342 0041 568 426
(4,20% des votants)
 35 773 578
201246 066 3079 049 998
(19,65% des inscrits)
37 016 3092 154 956
(4,68% des votants)
34 861 353
201747 568 58812 101 416
(24,01% des inscrits)
35 467 3274 085 674
(11,51% des votants)
 31 381 653
CandidatNombre de voix% Nb d’inscrits% Nb de votants% Nb de votes valables
N. Sarkozy (2007)18 983 13842,68%50,83%53,06%
F. Hollande (2012)18 000 66839,07%48,62%51,63%
E. Macron (2017)20 743 12843,60%58,48%66,10%

Reprenons dans l’ordre :

  • 12,1 millions de Français n’ont pas voté le 7 mai 2017. C’est un nouveau record depuis l’élection présidentielle de 1969.
  • Parallèlement, 4 millions d’électeurs ont voté blanc ou nul en désaccord avec le choix binaire à disposition. C’est un autre record. Pour preuve, assesseur d’un bureau de vote à cette date, j’ai également participé au dépouillement. Bien avant l’obtention des résultats nationaux, nous pouvions d’ores et déjà affirmer que le nombre de votes blancs et nuls allait être supérieur à tout ce que nous avions connu. Le Président du bureau n’avait probablement jamais eu à contresigner autant de bulletins caducs.
  • Ces deux premiers points permettent à certains opposants de La République En Marche de récuser, alors qu’il vient d’être élu, le Président de la République.
  • N’ayant recueilli le soutien que de 43,6 % des électeurs inscrits, la légitimité de ce denier est mise en doute.

Sauf que, loin s’en faut, d’une part l’abstention n’a cessé de croître depuis 2007 et d’autre part aucun des présidents de la Ve République n’a rassemblé la majorité des inscrits. Nous pouvons ajouter également qu’Emmanuel Macron a été mieux élu que :

  • Georges Pompidou en 1969 (37,5 % des électeurs inscrits),
  • François Mitterrand en 1981 (43 % des électeurs inscrits),
  • Jacques Chirac en 1995 (39,4 % des électeurs inscrits),
  • Nicolas Sarkozy en 2007 (42,68% des électeurs inscrits),
  • François Hollande en 2012 (39,07% des électeurs inscrits).

Pour autant, je n’ai pas souvenir que les élections de Nicolas Sarkozy et François Hollande, respectivement en 2007 et 2012, aient été remises en question.

Néanmoins, le scepticisme ne s’arrête pas aux points supra. Emmanuel Macron n’a obtenu que 24,01% des voix au 1er tour et si il obtient 66,10% au second tour (soit un delta de plus ou moins +40 points) ce n’est que la conséquence du barrage au Front National. Bien qu’il puisse exister une partie de vraie quant au barrage, une victoire politique résulte, de fait et c’est une lapalissade, du rejet de la partie perdante. Emmanuel Macron a obtenu la majorité des suffrages exprimés, il a donc démocratiquement remporté l’élection.

Affirmer désormais que ce dernier est un président minoritaire n’est que le prolongement de la défiance et du dégoût vis à vis de la légitimité de l’autorité politique. Cette affirmation est consécutive, également et à bien des égards, à la pression médiatique exercée pour un vote « contre » sans en expliquer parfois l’intérêt essentiel. Comme je le disais durant l’entre deux tours, il me parait primordial, pour voter, d’être convaincu plutôt qu’hagard au devant de la simple pression médiatique.

Ce procès est donc, avant tout, le reflet d’un mouvement contestataire alimenté par une presse anti « ni-ni » et avare d’arguments. Il a également le goût amer d’une défaite non acceptée, et pourtant consécutive, pour mémoire et à toutes fins utiles, à un premier tour qui a pris soin de choisir ses finalistes.

Sur le principe même d’une élection au suffrage universel, qui est l’expression de la souveraineté populaire et de la volonté générale dans un régime démocratique que nous ne saurions remettre en cause, Emmanuel Macron a été élu majoritairement. Il convient désormais qu’une partie de l’opposition s’inscrive dans une démarche parlementaire constructive.

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